Volatiles-Synopsis

    


SYNOPSIS

 

PREMIÈRE PARTIE  


Un homme en haut d’une tour de verre. Face à lui, la vapeur opaque et pleine de sel d’une mer à bout de souffle. Par endroits, sur l’eau, des masses, des agglutinements de cabanons, de barques recouvertes de toits de fortunes amarrées les unes aux autres : ce sont des bidonvilles flottants. Un peu plus loin au large, à la surface de l’eau et barrant la ligne d’horizon, des boat-people affluent, retenus à bonne distance de la côte.
Théodore Sepia-Moon travaille au ministère de l’immigration. Il est chargé d’étudier les dossiers en fonction de critères et de quotas bien précis et, suite à un entretien, de délivrer ou non le statut de « réfugié climatique ».


Scènes 1 et 2 :

Théodore Sepia-Moon s’éveille comme chaque matin du même rêve : chargé d’une valise qui s’alourdit toujours plus et qu’il n’arrive pas ouvrir, il est pris dans la montée des eaux. On lui a lancé une corde, qui balance au-dessus de sa tête. Mais ne pouvant se résoudre à lâcher son bagage, il ne parvient pas à se hisser hors de l’eau. Lorsqu’il parvient enfin à faire sauter les verrous de la valise, il se réveille brutalement : il n’a jamais le temps de voir ce qu’elle contient.
Chez lui, des oiseaux empaillés, suspendus.
Tout un ensemble d’images virtuelles et de voix l’informent de la qualité de l’air, de la température, de son régime alimentaire du jour. La « télévision » diffuse des publicités pour la visite touristique (en plongée sous-marine) de villes fraîchement englouties par de jeunes océans. Les informations rapportent les propos de l’opposition militant contre l’agglutinement des migrants dans les bidonvilles-sur-mer, dénonçant des conditions de vie insalubres et humiliantes. Succèdent à ces témoignages les réponses officielles affichant une politique « pragmatique » en opposition à des « propos idéalistes ». On parle aussi de l’essor des réseaux clandestins recueillant des enfants de migrants …

Théodore Sepia-Moon, lui, égraine des listes. Des noms d’oiseaux, des objets, des phrases qui tournent dans sa tête.
 
Scènes 3 à 7 : 


Dans son bureau du Ministère de l’Immigration.
Des bruits sourds que le spectateur ne peut identifier mais que Théodore, lui, semble parfaitement connaître, ponctuent les scènes suivantes. Théodore fait passer les entretiens qui détermineront l’accueil ou le rejet des demandeurs d’asile. Un couple tente de le convaincre de prendre leur enfant dans l’espoir qu’il puisse le faire passer à un réseau d’adoption clandestin. Théodore, fonctionnaire docile sans trop de conviction, se sent fléchir et sur le point d’entendre quelque chose : un désarroi, une impuissance, une violence … ou sa responsabilité ; il prend peur, coupe court à l’entretien et sort.C’est alors qu’il se trouve face à Isidore James-Concave, personnage loufoque dénotant avec l’univers administratif des bureaux où travaille Sepia-Moon. Celui-ci tient en main la petite valise que Théodore connaît bien : celle de son rêve. Pensant qu’il est en proie à une hallucination, il le chasse et poursuit son chemin dans les couloirs de l’administration pour demander au directeur son transfert au service des « réfugiés politiques ». Ce qui lui est refusé.


Scènes 8 à 12 :

Fin de cette journée où les rouages du quotidien de Sepia-Moon ont commencé d’être mis à l’épreuve. Chez lui : Théodore sort de son sac quelques cadavres d’oiseau. On comprend que les « bruits sourds » étaient ceux d’oiseaux se cognant aux vitres, et que Théodore est allé les ramasser au bas de l’immeuble. Il se met à empailler consciencieusement celui qu’il attendait depuis de nombreuses années : le rare, le précieux Tyran Mélancolique (qui, en fait, n’est pas un oiseau rare, mais s’il le croit !). Ce même Tyran Mélancolique prend alors forme humaine, et deviendra le compagnon de route et de pensée de Théodore, sa conscience et sa confiance, sa foi, son excuse, sa maladresse, sa lâcheté, son enfance renouvelée.Je suis ton Tyran, Théodore-des-Grands-fonds, et ta mélancolie, lui dit l’oiseau. Je suis la précieuse et incommensurable mémoire de ta tristesse d’enfant. 

Sonne alors à la porte Isidore James-Concave. À nouveau. Il tient toujours cette même petite valise semblable à celle du rêve de Théodore. Et voilà qu’il lui explique : Théodore aurait été placé vers 8 ans dans l’un des foyers d’État de formation professionnelle, après une adoption provisoire par une famille. Théodore aurait été l’un de ces « adoptés provisoires ». L’homme qui l’aurait recueilli -et qui n’aurait jamais pu rentrer en contact avec lui après son placement en foyer- vient de mourir et l’a chargé, lui, Isidore James-Concave, de retrouver son «Enfant ». Théodore aurait été victime d’amnésie dès ses 8 ou 9 ans.

Théodore lit la lettre que le notaire Isidore James-Concave lui tend. Il y comprend que cette valise renferme des objets miraculeusement sauvés de l’oubli, des objets qui ne remontent pas seulement à cet homme qui l’aurait recueilli, mais également à toute une lignée de pères et de mères adoptifs qui, les uns après les autres, l’ont transmise à leur enfant sauvé, gardé, volé… Il accepte de garder la valise chez lui malgré la transgression qu’elle représente : les adoptés provisoires n’ont droit à aucun contact avec leur famille tutrice.
 

Scène 13 :

Seul avec cette valise.

Il hésite, prend peur, il s’approche, l’ouvre, écoute, sent. Il la referme, l’ouvre à nouveau ; puis il en sort un à un des objets disparates. Parmi ces témoins, une lettre annonçant la pose d’une plaque commémorative lui donne une piste. Théodore Sepia-Moon et son Tyran Mélancolique partent à la recherche de cet énigmatique ancêtre adoptif, marchand et chef des postes du grand nord Canadien : Kenneth Koffer. Ce Kenneth Koffer vient à la rencontre de Théodore sur le lieu de sa plaque commémorative, un banc de plastique du front de mer. Il l’emmène alors à travers l’une de ses équipées vers le grand nord.

 

DEUXIÈME PARTIE 


Ici commence le périple de Théodore vers son histoire, entre virtuel et réminiscences, rêves et souvenirs enfouis. Cette « épopée » de Théodore vers lui-même prend naissance dans chacun des objets que contient la valise.


Scènes 1 et 2 : 

Le point de départ est un carnet de commande d’objets Inuits, dans lequel a été glissée la lettre de la mairie annonçant la pose d’une plaque commémorative sur un banc du front de mer : Kenneth Koffer vient à la rencontre de Théodore sur ce banc ; ils partent ensemble. Théodore s’enfonce dans le rêve à mesure que le traîneau de 1899 s’enfonce vers le Nord. Dès la fin de cette première scène, le sens de la quête est donné : un enfant perdu, laissé, convoité, lui tombe entre les bras, et il s’en retrouve responsable.

Scènes 2 à 10 : 


Lors de chacun des tableaux qui constituent la seconde partie, Théodore recueille un enfant. Cette quête s’achève pour Théodore, après neuf tableaux, avec neuf enfants dans ses bras, accrochés par des langes, dans des sacs … Jusqu’à ce que les neuf se rejoignent en un seul enfant : lui-même, âgé de quelques mois.

Les paysages changent les uns après les autres, soit petit à petit, soit brutalement. Les grandes plaines enneigées de l’Arctique se transforment en tranchées boueuses. Le cabanon militaire de 1917, au craquement d’une allumette, devient le mirador d’un espace étroitement surveillé dans la Chine des années 2020 : une réserve d’eau dans un désert non loin de Pékin. Le lac jalousement protégé devient montée des eaux, inondation quelque part aux embouchures de l’Indus aux alentours des années 2035 et entraîne Théodore sur un rafiot de fortune ; les coups de tonnerre de la tempête sont entendus maintenant comme des bombardements au-dessus d’une ville et nous sommes au sud de Beyrouth en 1982. L’action se déroule après cela dans un paysage de ruine et de béton écroulé, où tout enfant peut être confié à des milices en échange d’eau, de nourriture, de logement. Époque présente ou future indéterminée… Théodore, avec l’aide du Tyran Mélancolique, gravit une montagne. Passé le col, s’ouvre une grande vallée industrielle où la population rêve d’indépendance et d’air simplement respirable. Le bus branlant par lequel Théodore quitte ce site industriel d’Amérique latine devient une voiture à cheval dont il descend à l’orée d’une forêt, tentant de faire échapper une famille d’esclaves noire depuis le sud des Etats-Unis vers la frontière canadienne, dans les années 1875. La propriété où il arrive après la frontière, après les lacs, devient peu à peu l’intérieur d’un rafiot rafistolé : on est dans un bidonville sur mer. Théodore empaille des oiseaux. À une date sur le calendrier, il reconnaît l’année de sa naissance. Il comprend qu’il se trouve en lieu et place de l’homme qui l’avait recueilli. Il soulève le drap du lit où il a déposé les neuf enfants et n’en découvre qu’un : c’est lui-même, nouveau-né. Il comprend que dans tous ces tableaux précédents, il a été en lieu et place de l’un de ces « ancêtres » adoptifs. Il est issu d’une longue lignée d’enfants sauvés et recueillis.

Chacun de ces neuf tableaux raconte un parcours, et à travers eux Théodore aura connu d’abord l’éloignement, puis la métamorphose, la transgression, le châtiment, la renaissance, l’errance, la promesse, la tentation, le retour et enfin la destruction.

Scène 10 : 


Destruction car le dernier tableau, celui où Théodore se reconnaît comme étant  dans la peau de l’homme qui l’a recueilli, s’achève dans la tempête par la destruction du bidonville-sur-mer.

Ainsi a commencé l’oubli pour Théodore. Sa nouvelle vie. Son chemin jusque-là. Le trou, l’oubli, l’amnésie commence là. Il a pu renommer l’innommable, et au lieu du néant pur et simple, s’inventer des origines et rêver au moins autour du sens de sa présence ici et maintenant.